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Chronique Sport-santé/golf

Physio-Québec Été 2005 :

Nouvelle chronique Sport-santé
Par Pierre Joly, physiothérapeute, thérapeute du sport agréé
FitforeGolf niveau 4, CHEK Golf Biomechanic

Golf : biomécanique, flexibilité, blessures
Coup de chapeau à l’OPPQ qui, cet été, a décidé de s’impliquer en tant que commanditaire de l’Omnium de Montréal, un tournoi du circuit canadien de golf regroupant non seulement des joueurs canadiens, mais également plusieurs joueurs provenant d’autres pays. L’OPPQ participera également, cet été, à la tournée jouezaugolf.com pendant laquelle 45 terrains de golf à travers le Québec seront visités. Ainsi, il était tout naturel d’intégrer un article portant sur le golf dans cette parution du Physio-Québec. De plus, le golf s’avère un sujet pertinent pour la majorité des physiothérapeutes étant donné qu’un grand nombre de nos patients pratiquent ce sport de façon plus ou moins assidue.

L’élan de golf requiert, avant tout, du corps humain une bonne flexibilité et mobilité articulaire. C’est donc de cet aspect qu’il sera question dans cet article. Il faut quand même savoir que d’autres composantes tel la proprioception, la stabilisation lombaire, la force et la coordination ne doivent pas être négligées. Même une bonne capacité cardiorespiratoire est souhaitable afin de pouvoir marcher les dix-huit trous sans trop se fatiguer.

La flexibilité demeure un aspect souvent négligé chez les golfeurs. Afin de mieux conseiller nos patients sur cette question, il est avantageux de bien comprendre la biomécanique du corps humain pendant un élan de golf. Le mot clé résumant le mouvement du corps pendant l’élan : ROTATION. Lors de la montée, pour un golfeur droitier, il se produit une rotation cervicale gauche, une rotation droite du tronc et du bassin (il faut minimiser l’inclinaison latérale du tronc), une rotation interne de la hanche droite et externe de la hanche gauche. Au niveau des épaules, on note une rotation interne de l’épaule gauche et externe de la droite. Pendant la descente, on peut observer, au niveau de ces articulations, une rotation dans le sens opposé.

En clinique, il est important que le physiothérapeute regarde le patient effectuer son élan (même sans bâton!) afin de mieux évaluer ces différentes composantes. La présence de déficits au niveau flexibilité peut amener des compensations pendant l’élan, pouvant éventuellement contribuer au développement d’une pathologie. Notre évaluation clinique de la flexibilité et de la mobilité articulaire sera importante afin de déterminer où se situent les limitations. Par exemple, une diminution importante de la rotation interne de la hanche droite (pour un golfeur droitier) fera en sorte que, pendant la montée, le golfeur forcera davantage la rotation du tronc pour compenser le manque de mobilité à cette hanche. Plusieurs répétitions de ce mouvement placeront un stress important sur les structures, non seulement de la hanche, mais de la région lombaire et dorsale, pouvant ainsi entraîner différentes pathologies (hernie discale, lésion ligamentaire ou musculaire, hypermobilité/ instabilité vertébrale, etc.)

Un autre exemple est une limitation de la rotation du tronc. Ceci amènera le golfeur à étirer davantage le bras gauche vers l’arrière, créant ainsi un risque de lésion à la coiffe des rotateurs.

Une erreur technique dans l’élan pourrait aussi être en cause. Si on suspecte un problème à ce niveau, il faut recommander à notre client golfeur de consulter un professionnel de golf qui saura prodiguer les conseils techniques appropriés. D’ailleurs, la majorité des blessures chez les golfeurs amateurs sont causées par une technique déficiente alors que chez les professionnels, la cause principale demeure la surutilisation (Thériault, 2000). Le Tableau 1 présente quelques exemples d’erreurs techniques et les régions du corps pouvant être affectées.

Tableau 1 Exemples d’erreurs techniques pendant l’élan de golf (pour un golfeur droitier)
Erreur technique Région affectée
Prise du bâton : main droite trop ouverte Coude droit (épithrochléite)
Plan de l’élan trop à la verticale Dos, épaule gauche (coiffe, bourse)
Plan de l’élan trop à l’horizontale Coude gauche (épicondylite), épaule gauche (coiffe), dos
Flexion du coude gauche excessive pendant la montée Coude gauche (épicondylite)
Désarmé des poignets trop hâtifs pendant la descente Poignet gauche (tendinite de De Quervain), coude gauche (épicondylite)
Flexion latérale droite et/ ou extension du tronc excessive à la finition Dos

Parlons maintenant des exercices d’échauffement qu’un golfeur devrait faire avant de débuter sa partie. Une étude (Palmer et al, 2003) portant sur les golfeurs récréationnels seniors (i.e. 50 ans et plus) a démontré qu’environ 75 % de ceux-ci faisaient moins de 5 minutes d’exercices d’échauffement avant de jouer. Donc, il y a encore beaucoup d’éducation à faire de ce côté, sachant qu’avec l’âge les tissus musculaires et conjonctifs perdent de leur extensibilité. Dans les minutes précédent le départ, il est préférable de ne pas mettre d’emphase sur les exercices d’étirement statiques (comme le traditionnel 3 X 30 secondes par exemple). Si on donne une nouvelle longueur à nos muscles, les fuseaux neuromusculaires enverront cette information au cerveau, qui lui, ne pourra modifier à temps le patron moteur « élan de golf » ce qui affectera la qualité de l’élan et … de notre coup ! Une exception peut être faite avec certains muscles toniques (ex : carré des lombes, psoas, angulaire de l’omoplate) qui seraient excessivement raides et compromettraient la fluidité habituelle de l’élan (Chek, 2001).

Donc, il faut privilégier des exercices de nature plus dynamique juste avant de jouer ainsi que quelques étirements maintenus tout au plus 5 à 10 secondes(ou le temps d’une grande respiration profonde). Il n’y aura pas d’augmentation de la flexibilité, mais la personne atteindra sa flexibilité potentielle, i.e. une flexibilité qu’elle possède déjà, et qui est « dormante » (Amiger, 2000). Aller frapper quelques balles au champs de pratique, en commençant avec les fers courts puis en progressant vers le bois #1, complètera d’une bonne façon la session d’échauffement.

A la maison, il est essentiel que le golfeur travaille à améliorer sa flexibilité en faisant des étirements statiques, maintenus pendant un minimum de 30 secondes (voir figure 2). Il est recommandé d’aller régulièrement au champs de pratique afin d’intégrer cette « nouvelle » flexibilité à l’élan, créant ainsi un renforcement et un raffinement des patrons moteurs impliqués.

En résumé, plus le physiothérapeute comprendra bien les exigences requises par le golf, plus il ou elle sera en mesure d’aider son patient golfeur. Le golf est un sport qui sollicite plusieurs régions du corps et qui nécessite certaines qualités physiques. Les blessures reliées à ce sport sont plus fréquentes qu’on peut l’imaginer. Si on peut convaincre les golfeurs de l’importance d’avoir une bonne flexibilité et de faire un bon échauffement avant de jouer, un grand pas sera fait dans la bonne direction au niveau de la prévention des blessures et qui sait, peut-être même dans l’amélioration des performances!



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